Ce qui a débuté modestement sous la forme d’un mouvement associatif en 1996 sur la place du village de Monestiés est devenu, trente ans plus tard, un rendez-vous incontournable pour tous les amateurs de musique de la région. Cette année, Pause Guitare célèbre ses 30 ans et, pour l’occasion, MELOLIVE vous fait revivre cette édition comme si vous y étiez.
VERONIQUE SANSON
Les incertitudes autour de la venue de Véronique Sanson ont été nombreuses. Victime d’une infection respiratoire aiguë ayant nécessité une hospitalisation, l’artiste avait néanmoins repris la route quelques jours plus tôt à Hauterives. À peine un mois après cet épisode, l’autrice-compositrice-interprète a tenu à maintenir sa venue sur la scène de Pratgraussals.
Tenace, portée par une voix qui n’a rien perdu de sa puissance, elle enchaîne les classiques avec une facilité déconcertante. Et il faut dire qu’avec une telle discographie, difficile de faire autrement. Véronique Sanson appartient tout simplement aux fondations de la chanson française.
Alternant morceaux au piano et passages à la guitare, elle déroule Les Hommes, Ma drôle de vie, Bernard’s Song ou encore plusieurs autres incontournables, accompagnée par un impressionnant orchestre d’une dizaine de musiciens.
Mais la chaleur étouffante de cette fin d’après-midi finit par la rattraper. Contraint d’interrompre brièvement son concert pour reprendre des forces en coulisses, elle revient une dizaine de minutes plus tard avec une détermination intacte afin de terminer son set, sous une immense ovation.
Cherchez la définition du mot « ténacité » dans le dictionnaire : il y a de fortes chances que le nom de Véronique Sanson y figure.
JEAN-LOUIS AUBERT
C’est ensuite au tour d’une autre légende de la chanson française de fouler la grande scène. Ancien leader de Téléphone, Jean-Louis Aubert n’a jamais réellement raccroché guitare et ampli. Sa carrière solo lui a permis de poursuivre l’aventure avec succès, et c’est un véritable résumé de toute sa vie musicale qu’il propose ce soir.
Saute !, Les Plages, Argent trop cher… Dès les premiers morceaux, le ton est donné. Les anciens reprennent chaque parole tandis que les plus jeunes se joignent volontiers aux refrains les plus célèbres. Sa musique a traversé les générations, et ce concert en apporte une nouvelle démonstration.
Capable de faire cohabiter la fête et l’émotion avec une élégance rare, Aubert offre l’un des moments les plus suspendus de la soirée lorsqu’il présente Alter Ego, dédiée à sa mère et à sa sœur disparues l’an dernier. Dans un silence presque irréel, un oiseau traverse alors le ciel au-dessus du public. Une image d’une puissance symbolique qui bouleverse autant les spectateurs que le chanteur lui-même.
Mais l’émotion laisse rapidement place à la célébration. La Bombe humaine, reprise par tout Pratgraussals, Juste une illusion, agrémentée d’un clin d’œil à Paint It Black des Rolling Stones, relancent immédiatement la machine.
À 71 ans, Jean-Louis Aubert conserve une énergie bluffante. Et malgré un groupe diminué — un guitariste au pied cassé et un batteur jouant avec un doigt fracturé — le Rock ne perd jamais de son intensité. Pourquoi rester assis lorsqu’on peut continuer à jouer en sautillant à la Angus Young ? Et que faire lorsqu’un jeune pianiste n’a plus rien à jouer ? Aller se jeter dans la batterie de son collègue, sous le regard amusé d’un Aubert visiblement très heureux d’être là.
L’apothéose arrive naturellement avec un Ça (c’est vraiment toi) monumental, repris par un public entièrement conquis.
Le téléphone n’est pas encore raccroché, et Jean-Louis Aubert prouve une nouvelle fois que le Rock, est loin d’être fini.

BEN HARPER
La foule se densifie au changement de plateau. Cette fois, c’est la tête d’affiche internationale de la soirée qui s’apprête à entrer en scène. Dire que Ben Harper est attendu relève de l’euphémisme.
Le concert débute dans une atmosphère presque mystique avec Below Sea Level, interprété a cappella dans l’obscurité avec ses Innocent Criminals réunis autour d’un unique micro.
Puis les projecteurs s’allument. Jah Work lance les hostilités et Harper passe immédiatement aux choses sérieuses. Sa célèbre guitare lap steel fait merveille sur Ground On Down, insufflant instantanément ses bonnes vibrations à un public totalement captivé.
Le groupe délivre une prestation d’une précision chirurgicale, sans la moindre fioriture. On aurait toutefois apprécié un peu plus d’échanges avec le public. Ce n’est pas une masterclass que l’on vient voir, mais bien un concert. Peu importe finalement : Harper préfère laisser parler sa musique plutôt que les discours, et avec un tel talent, difficile de lui en vouloir.
Diamonds on the Inside puis With My Own Two Hands rappellent tout le génie du Californien avant qu’il ne conclue son set par l’enchaînement traditionnel Amen Omen / Knockin’ on Heaven’s Door.
Lorsque les lumières se rallument, les visages des spectateurs parlent d’eux-mêmes : des sourires partout. Ils viennent d’assister à une véritable démonstration de maîtrise et de grâce.

THE KOOKS
Une partie du public a quitté les lieux après Ben Harper, mais les amateurs de Rock Britannique se massent désormais contre les barrières pour accueillir les derniers invités de cette première journée.
En pleine tournée anniversaire de Inside In/Inside Out, The Kooks font escale à Albi pour apporter une touche de Brighton à cette programmation éclectique.
Peu d’artifices sur scène, mais une énergie portée presque exclusivement par Luke Pritchard. Comme souvent avec ce type de formation, les autres musiciens restent relativement en retrait, à l’exception du guitariste qui s’avance à chaque solo, laissant le frontman occuper pleinement l’espace.
Les Anglais enchaînent les tubes : She Moves in Her Own Way, Sunny Baby, Junk of the Heart… De quoi installer une ambiance légère malgré les quelques minutes de pluie provoquées par un orage voisin.
C’est justement à cet instant que Pritchard s’offre une parenthèse intimiste, seul sur scène, avec See Me Now au piano puis une magnifique version acoustique de Seaside à la guitare.
Le groupe revient ensuite au complet pour un rappel imparable avec Ooh La puis l’inévitable Naive, reprise par un public chantant d’une seule voix.
Malgré cette averse venue jouer les trouble-fête, The Kooks auront réussi à faire souffler un véritable parfum de Brighton sur Pratgraussals.
Une première journée éclectique, généreuse et portée par quatre générations d’artistes. De quoi lancer de la plus belle des manières les festivités des 30 ans de Pause Guitare.
Nous remercions le festival Pause Guitare et Bleu Citron pour l’accréditation et leur accueil.





