Sous une chaleur légèrement moins étouffante — le vent aidant —, il est temps de retrouver le site de Pratgraussals pour une deuxième journée qui affiche complet. Quelque chose nous dit qu’un certain Caennais n’y est peut-être pas pour rien…

MIKI
Petit à petit, son nom s’écrit de plus en plus gros sur les affiches. Sa Pop alternative et électronique trouvant chaque jour de nouveaux adeptes, il n’est finalement pas si étonnant de découvrir tout un parterre de fans bravant la chaleur pour conserver leur précieuse place contre la barrière.
C’est sous le regard d’un immense scorpion gonflable installé à l’arrière de la scène que le set démarre. Piquant ? Il le sera assurément.

Miki appartient à cette nouvelle vague d’artistes évoluant à la croisée des chemins. Elle ne coche aucune case et semble pourtant les cocher toutes à la fois. Sa Pop alternative secoue Pratgraussals à coups de Ça pique un peu quand même, Cartoon Sex ou Échec et Mat, et le public suit la cadence avec enthousiasme. Lorsque Cowboy démarre, une fan du premier rang lui tend même un chapeau spécialement préparé pour l’occasion.

La Niçoise aime entretenir ce lien avec son public et va rapidement le prouver avec un véritable bain de foule sur Particule. Une estrade installée au milieu des spectateurs lui permet de rejoindre le cœur de la fosse et d’y lancer un circle pit du plus bel effet. Perchée au centre de ce mouvement de foule, la chanteuse semble alors littéralement léviter au-dessus de son public.

Elle n’oubliera pas non plus de mettre ses musiciens en lumière sur le dernier morceau, notamment un guitariste qui, tout en maîtrise, aura parfaitement su tirer son épingle du jeu.
Sûre de ses forces, Miki quitte finalement la scène sous des applaudissements nourris. Les fans sont ravis et quelques curieux supplémentaires viennent probablement, à cet instant, de basculer dans le Mikiverse.

RILÈS
Sensation musicale du moment, le rappeur et performeur Rilès est lui aussi de passage à Pause Guitare. Que vous soyez amateur de sa musique ou non, vous avez sans doute déjà entendu parler de ses impressionnantes performances mêlant endurance et promotion artistique. Courir pendant 24 heures sur un tapis roulant ou marquer à la main des milliers d’exemplaires de ses vinyles à un rythme industriel : l’homme semble ne connaître qu’un seul mode de fonctionnement, celui de la survie.

Le public ne s’y trompe pas. À mesure que l’heure du concert approche, la foule devient plus compacte et les connaisseurs annoncent déjà, ici et là, à quel point ce qui va suivre risque d’être fou.
Rilès ne les fera pas mentir.

Dès les premières secondes, l’imagerie déployée par le rappeur pose les bases. Le son fait le reste et accompagne la fureur qui se déchaîne sur scène. Survival, Should I, Thank God, In the Jungle, Don’t Cry My Love ou encore Big Trouble — petit clin d’œil bienvenu aux guitares de Pause Guitare — sont autant de missiles qui s’abattent sur Pratgraussals.
Le public est à bloc et répond au doigt et à l’œil à un artiste qui multiplie les changements de tenues et les chorégraphies millimétrées aux côtés de ses nombreux danseurs et danseuses.

Et Rilès le lui rend bien. Pour lancer le fameux Pesetas, il invite sur scène Céleste, une fan installée au premier rang. La communion est totale et voir une telle mécanique se déployer sans le moindre accroc force le respect.
Tous n’étaient peut-être pas venus principalement pour lui, mais la débauche d’énergie est telle que l’ensemble du public finit par être happé dans l’univers féroce de Rilès.
« Je vais te les épuiser, Orelsan !« , lâche-t-il avec malice.

C’est de bonne guerre. Car ce qui va suivre demandera encore au public de puiser dans ses dernières réserves.

ORELSAN
En pleine tournée autour de Yoroï, Orelsan fait l’honneur à Pause Guitare de venir conter ses dernières peurs, ses doutes et ses problèmes.

De tournée en tournée, le rappeur caennais ne cesse de repousser les limites de son propre univers. Storytelling, cinéma, musique, mise en scène : les médias se croisent et se répondent au point de faire de Yoroï l’un des projets les plus ambitieux de sa carrière. Non content d’avoir sorti un film puis un album venant en prolonger l’univers, Orelsan s’attelle désormais à raconter cette histoire sur scène.

Qui dit festival dit pourtant souvent scénographie réduite et spectacle adapté pour faciliter les déplacements d’une date à l’autre.
Pas cette fois.
Toute l’équipe technique s’est manifestement creusée les méninges pour proposer une expérience aussi proche que possible du spectacle présenté en salle. À grand renfort d’écrans modulables, l’histoire de Yoroï peut se déployer presque sans contrainte, offrant aux festivaliers un show d’une ampleur impressionnante.
Et puisqu’un simple démarrage ne semble plus suffire, Orelsan apparaît d’abord en coulisses à travers un plan-séquence utilisant les backstages comme décor d’introduction. Quelques instants plus tard, il déboule sur scène avec fracas sur le refrain de Yoroï, embrasant instantanément un public déjà chauffé à blanc.

Soucieux de conserver un découpage en chapitres fidèle au récit du film, le Caennais réussit néanmoins à intégrer les morceaux plus anciens de sa discographie au cœur de cette nouvelle histoire. Et force est de constater que tout s’imbrique avec une étonnante fluidité.
Basique, Plus rien, Ailleurs, puis un medley remontant à l’époque de Perdu d’avance et Le Chant des sirènes : les morceaux s’enchaînent sans temps mort et l’énergie ne retombe jamais.

Le solo de guitare final sur Tellement d’amis rappelle également à quel point l’équipe de musiciens entourant le rappeur participe pleinement à la puissance de cette configuration live. Skread, Phazz, Eddie Purple ou Manu Dyens : chacun apporte sa pierre à l’édifice et insuffle au spectacle un groove redoutable.
Profitant pleinement de son décor modulable et des innombrables possibilités qu’il offre en matière d’effets et de transitions, Orelsan excelle aussi bien dans les morceaux fédérateurs que dans les instants plus émotionnels, à l’image de Les Monstres, Athéna ou Épiphanie.
Sans surprise, il conclut son set sur l’incontournable La Terre est ronde, s’offrant au passage un bain de foule au milieu des premiers rangs, avant de transformer une dernière fois la scène en dancefloor géant avec Du propre, morceau club par excellence. L’occasion également de présenter toute l’équipe ayant donné vie à cette aventure et de retrouver la complicité intacte qui l’unit à son backeur de toujours, Ablaye.

C’est sur cette symbiose totale que l’histoire s’achève.
Car au-delà d’un simple set de festival, Orelsan est venu raconter une histoire. Une histoire pour laquelle les frontières entre les médias semblent avoir définitivement disparu. Cinéma, musique, narration et spectacle vivant fusionnent jusqu’à ne former qu’une seule œuvre.
Avec cette tournée et ce nouveau chapitre de sa carrière, Orelsan livre peut-être son projet le plus abouti. Une intelligence rare dans le découpage et la mise en scène, qui prend ici, en live, toute sa dimension.

Peu d’artistes peuvent aujourd’hui se targuer d’avoir poussé aussi loin la construction d’un tel univers. Orelsan, lui, peut repartir la tête haute.

MOSIMANN
Il s’en est passé, des choses, depuis la Star Academy…

Depuis 2010, Mosimann a passé la vitesse supérieure et pleinement embrassé sa carrière de DJ, multipliant les performances à l’international. Mais le Belge, touche-à-tout insatiable, ne s’est jamais contenté de rester derrière ses platines. Après avoir notamment travaillé avec Grand Corps Malade sur l’album Mesdames, il a également lancé sur les réseaux sociaux un concept que vous avez probablement déjà croisé : Dream Track.
Ce soir, c’est à lui que revient la lourde tâche de conclure cette deuxième journée riche en émotions. Et quoi de mieux qu’un set Electro-House pour maintenir Pratgraussals en ébullition ?

Le genre est réputé pour ses shows spectaculaires, mais les conditions météorologiques du moment imposent quelques contraintes. Un arrêté préfectoral interdit l’utilisation d’effets pyrotechniques en raison des risques d’incendie.
Qu’importe : Mosimann n’aura pas besoin de flammes pour mettre le feu.

Les potards sont poussés à fond, les premières vibrations font trembler le sol et il y a fort à parier que le centre-ville d’Albi entende ce qui se passe à quelques kilomètres de là.
Dissimulé dans l’obscurité derrière son immense structure métallique aux visuels tribaux, le DJ surgit en sautant depuis le sommet de la plateforme pour atterrir derrière ses platines et lancer son set avec une énergie folle.

L’immense sourire affiché sur son visage ne laisse aucune place au doute : le Belge est ravi d’être ici. Il bondit derrière ses machines, descend régulièrement sur l’avancée de scène et manipule la foule dans le creux de sa main à grands coups de drops dévastateurs.

Mosimann aime reprendre les grands tubes à sa sauce et même les plus réfractaires à la musique électronique finissent par se laisser embarquer par ces classiques passés à la moulinette des BPM. De Help Myself de Gaëtan Roussel à Pump It des Black Eyed Peas, Mosi fait feu de tout bois. Tant que le beat frappe fort, Pratgraussalls répond présent.
Véritable bouffée d’air frais, Mosimann s’impose comme un excellent choix pour clôturer cette soirée. La fête est totale, le mélange des genres fonctionne et le public, lui, est définitivement conquis. Il s’appelle Mosimann et il vient de produire le dream set de nos rêves.

Une deuxième journée qui aura constamment gagné en intensité jusqu’à transformer Pratgraussals en immense piste de danse. Après la chanson, la Pop, le Rock et les légendes de la veille, Pause Guitare change de visage et prouve une nouvelle fois sa capacité à faire cohabiter les générations et les univers.

Et à en juger par les sourires au moment de quitter le site, les festivaliers valident complètement.

Nous remercions le festival Pause Guitare et Bleu Citron pour l’accréditation et leur accueil.

MOSIMANN


ORELSAN


RILES


MIKI


DERNIÈReS PUBLICATIONS