De passage dans la capitale pour sa tournée mondiale « Baila (Sexy Thing) 25th – Under the Moonlight » , Zucchero Fornaciari a prouvé qu’à 70 ans, il reste le patron incontesté du Rock italien et un géant de la scène internationale.
MARIE SARAH
Pour chauffer la salle avant l’entrée du maestro, le public de l’Adidas Arena a pu compter sur Marie Sarah, la nouvelle voix Soul de la scène française, que nous avions découverte l’an dernier au Enghien Jazz Festival. Le temps d’une trentaine de minutes, elle a présenté avec une belle assurance plusieurs titres de son tout premier album, On My Way, sorti en mars dernier, captivant l’audience par son timbre chaud et habité. En guise de point d’orgue à sa prestation, sa reprise d’Amy Winehouse a achevé de conquérir l’arène parisienne, prouvant que la relève de la soul hexagonale est désormais entre de très bonnes mains. Elle sera au Café de la Danse le 12 septembre prochain.

ZUCCHERO
En près de quarante ans de carrière, Adelmo Fornaciari a brisé les frontières de la variété italienne pour imposer sa griffe sur la scène mondiale. Vendant plus de 60 millions de disques, il est l’un des rares artistes italiens à avoir conquis le monde, collaborant avec les plus grands, de Joe Cocker à Eric Clapton, en passant par Sting, Bono ou encore Johnny Hallyday.
Aujourd’hui, alors qu’il parcourt le globe avec sa tournée « Baila (Sexy Thing) 25th – Under the Moonlight », l’artiste est plus actuel que jamais. Sa recette ? Un style musical unique, le « Blues méditerranéen », fusion parfaite entre la mélancolie du terroir italien, l’énergie brute du Blues et du Rock, et la chaleur de la Soul. Zucchero chante avec ses tripes, d’une voix rauque, habitée, qui n’a rien perdu de sa superbe.
Pendant plus de deux heures quinze, le concert a balayé l’immense discographie de l’italien, offrant un équilibre parfait entre ballades intemporelles et hymnes incitant à la danse. Le public a ainsi pu vibrer au son des incontournables Il Volo, Diamante, le chef-d’œuvre Senza Una Donna, le plus récent La Canzone Che Se Ne Va ou la ballade bluesy Pene. Côté Rock et rythmes endiablés, les spectateurs ont littéralement chaviré sur Baila, Diavolo in Me, Partigiano reggiano, lX colpa di chi?, Music in Me, sans oublier le jouissif et provocateur Solo una sana e consapevole libidine salva il giovane dallo stress e dall’Azione Cattolica. Une machine à tubes d’une efficacité redoutable.
Si Zucchero brille, c’est aussi parce qu’il sait s’entourer des meilleurs. À l’Adidas Arena, le maestro est arrivé flanqué d’un groupe de pointures internationales au groove incendiaire, les mêmes qui avaient déjà mis le feu à l’Accor Arena lors de son dernier passage en France en mai 2022. On citera par exemple Polo Jones, fidèle parmi les fidèles : le bassiste et directeur musical historique a une nouvelle fois tenu la baraque d’une main de fer, imprimant un tempo lourd et groovy à chaque morceau. À ses côtés, la section rythmique a pris une dimension dantesque grâce à la présence de deux batteurs aux fûts : l’Italien Adriano Molinari, pilier métronomique du groupe, et la Cubaine Yissy García, qui a apporté une explosion d’énergie et des teintes afro-cubaines hautement contagieuses. Enfin, Kat Dyson, guitariste virtuose célèbre pour avoir accompagné Prince au sein du légendaire New Power Generation, a électrisé la salle avec des solos tranchants partagés avec son compère italien Mario Schilirò.

Le concert a atteint des sommets d’émotion lorsque Zucchero a choisi de saluer la mémoire de deux géants disparus avec qui il a partagé l’histoire. En cette année 2026 qui marque le centenaire de la naissance de Miles Davis, Zucchero a interprété le sublime Dune Mosse. Sur les écrans géants de l’Arena, des images d’archives étaient diffusées, rappelant leur enregistrement mythique de ce morceau en 1988 à New York. Voir la trompette de Miles dialoguer à travers le temps avec la voix de Zucchero a offert un grand moment de poésie Jazz.
Puis c’est une autre légende qui a investi la salle pour le titre Miserere (sorti en 1992). Grâce à une synchronisation parfaite, la voix puissante et lyrique du ténor Luciano Pavarotti a résonné dans l’enceinte, tandis que ses traits apparaissaient à l’écran. Ce duo virtuel, vibrant de nostalgie et de respect, a fait lever toute la salle pour une standing ovation en hommage à la star disparue il y a presque vingt ans avec lequel Zucchero entretenait un lien très fort.
Près de la fin du concert, Zucchero s’est brièvement éclipsé pour laisser les clés de la scène à ses musiciens. Ce qui aurait pu être un simple intermède instrumental s’est transformé en l’un des moments les plus mémorables de la soirée. Le groupe a notamment lancé une reprise explosive de Nutbush City Limits de Tina Turner, prenant tout le monde de court. C’est alors que la choriste Keba Williams, originaire de Trinidad-et-Tobago a pris le micro avec une maîtrise vocale d’une puissance et d’une justesse hallucinantes, qui ont littéralement soufflé l’Adidas Arena, avant un Honky Tonk Train Blues de folie. Un triomphe.
À l’Adidas Arena, Zucchero a prouvé avec brio que le vieux lion italien rugit encore avec la même rage sacrée. Entouré d’une véritable armada du groove, le maestro a offert à Paris bien plus qu’un concert nostalgique : une messe Rock et Soul d’une grande générosité, démontrant que le temps n’a décidément aucune prise sur son Blues universel.
Nous remercions Gérard Drouot Productions pour l’accréditation ainsi que l’Adidas Arena pour son accueil.
ZUCCHERO
MARIE SARAH



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