Vingt ans après leur premier album éponyme, les deux virtuoses mexicains ont transformé l’Olympia en une arène bouillonnante ce jeudi 21 mai. Une date unique en France, où deux guitares acoustiques ont suffi à faire trembler le sol parisien.
MARY ZOO
Pour ouvrir cette soirée mémorable, le public de l’Olympia a découvert l’artiste suisse Mary Zoo (Christine Zufferey). Habituée de l’exercice, la guitariste et chanteuse Folk Rock helvétique n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle a déjà partagé la scène et assuré la première partie de Rodrigo y Gabriela à plusieurs reprises par le passé. Accompagnée de ses musiciens, elle a livré un set essentiellement en français, idéal pour faire monter doucement la température avant la tempête acoustique des têtes d’affiche.

RODRIGO Y GABRIELA
Aujourd’hui installés au sommet de la scène internationale — un statut d’icônes mondiales de la guitare validé par un Grammy Award et des tournées sur tous les continents —, Rodrigo Sánchez et Gabriela Quintero n’ont pourtant rien oublié de leurs débuts. Il y a deux décennies, ils quittaient Mexico et leur groupe de Métal pour s’installer en Irlande. C’est là qu’est né « Rodrigo y Gabriela » (2006), un premier opus éponyme devenu légendaire, qui s’était propulsé au sommet des charts. Pour célébrer cet anniversaire, le duo vient d’ailleurs de publier une édition remasterisée agrémentée d’un disque bonus réunissant leurs toutes premières sessions live enregistrées à l’Olympia Théâtre de Dublin en 2006.
Leur style unique, à la lisière du Flamenco et du Folk, repose sur une approche hautement percussive de l’instrument, qui insuffle au concert une urgence et une puissance résolument Rock. Visuellement et musicalement, les rôles sont d’une précision chirurgicale. D’un côté, Rodrigo assure les mélodies et les solos d’une vélocité stupéfiante. De l’autre, Gabriela livre une performance athlétique : sa main droite, véritable métronome humain, frappe, caresse et fustige la caisse de résonance, endossant à elle seule le rôle de bassiste et de batteuse.

Cette tournée anniversaire était l’occasion pour eux de rejouer l’intégralité de cet album fondateur : de l’indémodable Tamacún à Ixtapa, en passant par Diablo Rojo, Satori ou encore Viking Man, chaque morceau a été accueilli par les rugissements d’une salle comble. Le point d’orgue de la soirée est sans surprise venu des relectures de leurs reprises qui figuraient déjà sur la galette de 2006 : quand Rodrigo entame les premières notes de Stairway to Heaven de Led Zeppelin, le temps se suspend. Mais c’est sur Orion, le chef-d’œuvre instrumental de Metallica, que la symbiose atteint son paroxysme. Voir ces amoureux de musiques saturées transfigurer des monuments du Rock lourd à la seule force du bois et du nylon reste une expérience mystique.
Mais les deux musiciens ne font pas que regarder dans le rétroviseur. Si leur discographie récente a vu leur son s’enrichir d’arrangements orchestraux et même de guitare électrique, ils ont choisi Paris pour dévoiler l’avenir avec le même esprit d’avant-garde : un tout nouveau morceau intitulé Monster. Premier extrait d’un prochain album studio annoncé pour septembre, ce titre hybride prouve que leur soif d’exploration reste intacte, mêlant structures complexes et riffs acérés.
Sans aucun artifice, sans section rythmique ni pédales d’effets superflues, les deux virtuoses Rodrigo y Gabriela ont réussi l’impossible : faire sauter l’Olympia avec seulement deux guitares acoustiques. Un triomphe brut, physique et ô combien mérité.
Nous remercions Uni-T pour l’accréditation ainsi que l’Olympia pour son excellent accueil.
RODRIGO Y GABRIELA
MARY ZOO




