Il y a des soirs où l’on sent que l’histoire de la guitare s’écrit sous nos yeux. Ce 5 mai à l’Alhambra, le prodige sicilien Matteo Mancuso a livré une démonstration de force, confirmant qu’il est bien l’héritier des plus grands.
GUILLAUME MUSCHALLE
La soirée a débuté sous le signe de l’élégance avec une première partie assurée par Guillaume Muschalle. Accompagné d’un contrebassiste, le guitariste français a instauré une atmosphère intimiste, contrastant avec l’orage technique qui allait suivre. Puisant dans son album Shared Stories, le duo a distillé des compositions comme Friends ou Thank You. Le style de Muschalle, empreint d’une grande sensibilité mélodique et d’un toucher velouté, navigue entre Jazz moderne et nuances acoustiques. Une entrée en matière tout en douceur qui a permis au public de savourer la pureté des échanges entre la guitare et la contrebasse.

MATTEO MANCUSO
Fils du guitariste de Jazz Vincenzo Mancuso, Matteo a grandi à Palerme dans un environnement où la musique n’avait pas de frontières. Très tôt, il rejette le médiator pour développer une technique de doigts héritée du classique et du flamenco. Son parcours est fulgurant : repéré sur les réseaux sociaux par des icônes comme Al Di Meola, Joe Bonamassa ou Steve Vai, Matteo a rapidement quitté sa Sicile natale pour les grandes scènes internationales.
Après un premier album, The Journey, très remarqué en 2023, il a consolidé son statut de leader de la nouvelle scène fusion avec son nouvel opus, Road 96, sorti en avril dernier. Un disque qui confirme qu’il possède non seulement une technique hors norme, mais aussi un véritable sens de la composition.
Dès les premières notes, le ton est donné. Mancuso puise avec générosité dans son nouveau répertoire. Le public a pu notamment vibrer sur l’épique Solar Wind (morceau enregistré avec Steve Vai sur l’album, dont il a restitué toute la complexité), le tranchant Black Centurion et les envolées lyriques de The Great Wall, sans oublier L.A. Blues One, prouvant qu’il maîtrise les racines du Blues autant que les cimes de la virtuosité.
Mais Matteo n’oublie pas les titres qui l’ont fait connaître, revisitant quelques pépites de The Journey comme Falcon Flight, Silkroad, et un Drop D en ultime rappel. Le concert fut aussi un vibrant hommage à ses mentors : le groove de Jaco Pastorius sur The Chicken, le Spain de Chick Corea où la précision technique frisait l’insolence, ou encore un clin d’œil à l’inventivité de Jeff Beck sur Cause We’ve Ended as Lovers.
Pour porter une telle virtuosité, Mancuso s’est entouré de partenaires à la précision chirurgicale. Avec Riccardo Oliva à la basse et Gianluca Pellerito à la batterie, la section rythmique a offert une assise implacable, capable de basculer d’un swing léger à une puissance Rock dévastatrice en un battement de cil.
C’est pourtant sur les mains de Matteo que tous les regards étaient braqués. Son style repose sur une technique de fingerpicking unique : il n’utilise jamais de médiator. Ses doigts courent sur le manche avec une incroyable fluidité, utilisant sa main droite comme celle d’un guitariste classique pour produire un son d’une clarté absolue, même à des vitesses vertigineuses.
Avec Road 96, le guitariste d’à peine 30 ans entame une nouvelle étape d’une carrière déjà bien lancée. Entre virtuosité pure et collaborations internationales, le jeune Sicilien n’a pas fini de faire parler de lui. Le monde de la guitare compte désormais un nouveau roi, et il vient de Palerme.

Nous remercions Veryshow pour l’accréditation photos ainsi que l’Alhambra pour son accueil.

MATTEO MANCUSO
GUILLAUME MUSCHALLE




