À l’occasion de leur passage au Festival Beauregard il y a quelques jours, nous avons rencontré Antoine Wielemans et Lio Vancauwenberge, chanteurs et guitaristes de Girls in Hawaii. À quelques semaines de la sortie de leur nouvel album, ils reviennent sur les neuf années qui se sont écoulées depuis leur précédent disque, évoquent leurs nouveaux titres, leurs inspirations, leur prochaine tournée et l’état d’esprit dans lequel le groupe retrouve aujourd’hui la scène.
Vous êtes de retour après 9 ans de pause… Pourquoi ce break ?
Lio Vancauwenberge : On est hyper étonnés de la longueur de la pause ! On est habitués à ce que ce soit long entre les disques mais là… On s’est remis au boulot et on s’est dit : « 9 ans ! Comment c’est possible ? ». Mais au final, quand on remet les années bout à bout, il y a eu pas mal de choses. Il y a eu la période du confinement, Anton a fait un disque solo, moi j’ai eu plein de projets aussi, sur des films… On a eu une vie de famille aussi. Le temps passe vite, ça fait un peu peur mais bon voilà, c’est comme ça.
Parlez-nous des deux premiers titres du prochain album, que vous avez sortis récemment, Eldorado et Is it happening right now.
Antoine Wielemans : Ce sont des titres qu’on a sortis en single pour annoncer un peu l’album (nommé Eldorado, disponible le 25 septembre).
LV : C’est vraiment avec ces deux titres que le disque a un peu pris son envol. On avait déjà quelques titres mais ce sont les deux premiers où on s’est dit qu’il y avait un truc qui nous plaisait. Le premier, Is It Happening Right Now ?, on l’avait testé sur une tournée anniversaire de notre premier disque et les réactions avaient été super. L’autre est venu après. On avait un peu ces deux facettes du groupe. Un côté un peu plus sombre et l’autre plus joyeux. On s’est dit que c’était génial, un morceau d’Anton et un des miens… C’était vraiment parfait. Le disque s’est un peu construit sur ça.

De quoi vous inspirez-vous ?
AW : Je dirais de notre vie quotidienne, des choses qui nous entourent. Forcément, on n’est pas hermétiques au monde qui nous entoure. Depuis notre dernier album, il y a 9 ans, le monde a bien changé. Il y a un truc bizarre, c’est que tout le monde sait de plus en plus que le monde ne tourne pas comme il devrait, qu’on ne fait pas les choses qu’on devrait. Et en fait, il y a un peu une impuissance par rapport à ça, presque un sentiment d’abandon. Nous, on n’avait pas tellement envie d’avoir un disque qui parlait de tout ça, on avait plutôt envie de revenir à ce qu’on fait bien dans notre musique : offrir une petite bulle aux gens, un peu d’évasion. Forcément, le disque est empreint du monde dans lequel on vit mais il parle un peu de tout et de rien. C’était plus important pour nous, pour cet album-ci, de ne pas se concentrer sur les textes comme on l’a fait sur notre dernier disque, mais de revenir vraiment à ce qu’on faisait sur nos premiers albums et créer des textes qui devaient avant tout être mélodiques, rythmiques, qui sonnent bien, très naturels. On ne veut pas trop complexifier le message.
Et côté artistes ?
LV : Moi, j’ai écouté beaucoup de groupes comme Alvvays. C’est un groupe canadien, de la Pop assez acidulée, hyper joyeuse.
AW : Le groupe BEAK aussi, de Geoff Barrow, le gars de Portishead.
LV : Ouais, un peu de la Krautrock anglaise super cool. Petit label, un peu indépendant. Il y a le côté bricolé, qui revient à un truc un peu local. Pas une grosse machine, quoi.
AW : J’ai beaucoup écouté aussi l’album de Jacques, L’Importance du vide, un album qu’il a fait en français, qui m’a méga fasciné. J’écoutais ça en boucle, c’est absolument génial.
LV : En fait, ce sont des groupes où il y a une vraie notion de fabrication, limite d’artisanat. Il y a vraiment quelque chose de bricolé dans tous ces disques. Ça se retrouve un peu sur les nôtres.
À quoi peut-on s’attendre pour la tournée à venir ? (Automne 2026)
AW : À un groupe qui retrouve la scène en défendant un disque après pas mal d’années, donc on est quand même bien excités ! On sort d’une semaine de résidence en Belgique. On a eu très chaud, dans une salle sans climatisation, donc on a répété en maillot et en claquettes, c’était assez drôle. On a beaucoup bossé les lumières, beaucoup bossé les vidéos pour les écrans. Et puis après, c’est une vraie chance pour nous. On a une super tournée qui se prépare, avec l’enthousiasme des programmateurs. Les remplissages sont super pour le moment donc on se sent vraiment très chanceux parce que c’est de plus en plus compliqué de tourner, avec l’économie de la musique pour les indés, etc. Ce qui est génial aussi, c’est que c’est notre cinquième disque donc on espère faire des setlists assez différentes. On répète 35 à 40 morceaux pour la tournée donc on a envie de changer, de jouer beaucoup de titres de nos cinq disques. C’est pas mal, hein ! Parce qu’on se fait vieux et la mémoire lâche un peu, donc c’est un gros défi pour nous.

Vous connaissez un peu la Normandie ?
AW : Oui, on connaît bien la région parce qu’on vient, à chaque album, jouer à Caen, au BBC. Et on est déjà venus jouer à Beauregard en 2018. On s’en souvient très bien, c’était une super date. On jouait juste avant Depeche Mode ! Et puis la Normandie, c’est un coin que, moi personnellement, j’affectionne beaucoup, où je vais souvent en vacances, du côté d’Étretat. En plus, il fait beau aujourd’hui, c’est un vrai plaisir d’être ici.
Pourquoi le nom « Girls in Hawaii » ?
LV : C’est le moment critique où il faut trouver un nom parce que tu vas jouer dans deux semaines et que le festival te demande comment s’appelle ton groupe. C’était le nom d’une chanson qu’on avait à ce moment-là. Ça nous semblait désigner un groupe de gens. À ce moment-là, on ne savait pas trop pourquoi on avait choisi ce truc mais on se disait qu’il y avait une résonance, quelque chose qui marchait bien avec la manière dont on concevait la musique en imaginant un monde différent.
AW : On y repense aujourd’hui mais l’aspect féminin dans ce nom, on trouvait ça assez exotique, assez marrant et ça permettait d’oser ce décalage, qui permettait d’assumer les fragilités, les émotions… Moins le côté mec, un peu dur, mais plus poétique.
Nous remercions le groupe Girls in Hawaii pour leur temps ainsi que le Festival Beauregard et l’agence Suzette pour leur accueil.





