Le 25 avril, la mythique salle du boulevard des Capucines vibrait d’une énergie particulière. Pour l’ultime étape de sa tournée européenne – et pour sa toute première scène française – l’artiste chinois prodige KUN a transformé l’Olympia en un écrin de groove organique. Entre ferveur Soul, élans Pop et envolées Rock, retour sur le sacre parisien d’un créateur qui a définitivement brisé sa cage dorée.

Il y a des signes qui ne trompent pas : quand les lettres rouges de l’Olympia affichent « KUN » (prononcez « Quinn »), c’est tout un pan de la culture Pop chinoise qui s’invite à Paris. Mais loin de l’image d’idole préfabriquée, c’est un musicien total, compositeur et producteur, qui s’est présenté avec un projet inattendu et surprenant.

Sorti le 6 février dernier sous l’égide du label 88Rising, son deuxième album éponyme a agi comme une déflagration.  Après avoir régné au sommet de la Pop chinoise pendant des années, KUN (de son vrai nom Cai Xukun) a opéré un retour aux sources salvateur. Ce projet de 11 titres, entièrement co-écrit et co-produit par l’artiste, est son premier manifeste intégralement en anglais, réalisé en collaboration avec les Free Nationals (le groupe d’Anderson Paak).

L’album a été véritablement pensé pour la scène avec des arrangements live portés par un backing band impressionnant (dont la virtuosité trahit un ADN très américain). Une section de cuivres qui claque avec une précision chirurgicale, une batterie à la rythmique implacable, des solos de guitare, de claviers, de trompette ou de saxophone qui viennent nourrir des compositions au carrefour de la Soul, du Jazz, de la Pop, du R’n’B et du Rock.

Au centre de ce maelström musical, KUN a surpris par sa maîtrise vocale. On le savait performeur, on l’a découvert interprète habité. Sa voix, puissante et nuancée, habite chaque silence et chaque envolée. Qu’il murmure la ballade Remedy, qu’il s’envole sur le très hollywoodien What a day ou qu’il s’époumone sur les riffs plus rugueux du puissant Ride or die, l’artiste dégage une vulnérabilité nouvelle, une humanité qui semble désormais être le moteur de sa création.

KUN ravit les fans avec les morceaux de son nouvel album (Jasmine, Colder, Paranoid, Deadman), mais aussi avec des singles non intégrés au disque comme Remedy, Ride or Die ou l’énergique Spotlight. En rappel, il offre son plus gros tube, Lover (sorti en 2020), ici totalement réarrangé dans l’esthétique de son nouveau projet, clôturant le show sur une note de nostalgie.  Une performance certes courte — seulement 1h10 au compteur — mais particulièrement intense.

Pourtant, dans la fosse, le spectacle offrait un contraste étonnant. On a rarement vu autant de téléphones filmer de bout en bout du concert. Il est regrettable de voir cette nouvelle génération ne plus vivre l’instant présent, mais l’appréhender systématiquement à travers le prisme d’un écran. Ce détachement numérique était d’autant plus frappant que le public, très majoritairement asiatique, est resté d’une retenue surprenante loin de l’hystérie collective que l’on pourrait attendre pour une pop star de ce calibre.

Ce soir à l’Olympia, KUN a prouvé que sa musique, désormais libérée des barrières linguistiques et stylistiques, possède cette qualité rare : elle est universelle. Il n’est plus seulement une star en Chine, c’est une voix sur laquelle il faudra désormais compter sur l’échiquier de la Pop mondiale. Une tournée qui aura marqué la naissance d’un artiste international accompli.

Kun sur la scène de l’Olympia

Nous remercions AEG pour l’accréditation ainsi que l’Olympia pour l’accueil.

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