Le 23 mars dernier, le boulevard des Capucines a vibré au son d’un héritage monumental. Accueillir Rumours of Fleetwood Mac à l’Olympia n’est pas simplement une affaire de « tribute band » ; c’est une communion autour de l’un des piliers les plus complexes et fascinants de l’histoire du Rock.
Est-il encore nécessaire de présenter Fleetwood Mac ? Des Blues fiévreux de Peter Green à la Pop-Rock du duo Stevie Nicks / Lindsey Buckingham, le groupe a traversé les décennies en transformant ses déchirements internes en or pur. Au centre de cette épopée trône le chef-d’œuvre absolu : l’album Rumours, sorti en 1977, qui reste l’un des plus vendus de tous les temps.
Originaire de Liverpool et formé en 1999 par le batteur Allan Cosgrove, Rumours of Fleetwood Mac s’est imposé comme l’hommage ultime, en ressuscitant le plus fidèlement le son originel de Fleetwood Mac et en offrant au public une immersion vibrante et sincère. Preuve de la qualité exceptionnelle de ce spectacle : Mick Fleetwood en personne a adoubé la formation. Recevoir la bénédiction du patriarche et batteur emblématique du groupe original confère à ce show une légitimité que peu de formations de ce genre peuvent revendiquer.

Pendant plus de deux heures, Rumours of Fleetwood Mac a balayé l’immense répertoire de la formation anglo-américaine. L’entrée en scène s’est faite sur les notes envoûtantes de Gypsy, plongeant immédiatement l’Olympia dans l’aura mystique de Stevie Nicks. Le concert a brillamment mis en lumière la richesse polyphonique de Fleetwood Mac : au-delà de la chanteuse principale, qui incarne avec justesse le “rôle” de Stevie Nicks — jusque dans ses longues robes tourbillonnantes — plusieurs membres de la formation se sont relayés au micro, restituant ainsi les trois signatures vocales qui ont façonné l’identité du groupe — Stevie Nicks, Christine McVie et Lindsey Buckingham.
La force de ce concert réside dans sa capacité à ne rien oublier, explorant la discographie sans tomber dans le piège du chronologique. L’album Rumours constitue évidemment la pierre angulaire de la soirée, honoré par une exécution magistrale : de l’irrésistible Dreams à l’iconique Go Your Own Way en passant par l’implacable The Chain et son riff de basse légendaire. L’interprétation de la délicate Songbird a suspendu le temps, tandis que la ténébreuse Gold Dust Woman et le solaire You Make Loving Fun ont rappelé la dualité du disque. Citons également Don’t Stop et la poignante Silver Springs (pépite des sessions de 1977 écartée de l’enregistrement original pour devenir un classique culte) qui a offert un moment d’émotion pure, tout comme la confession acoustique de Landslide et l’aérienne Sara.
Les racines Blues Rock de Fleetwood Mac, époque Peter Green, ne sont pas oubliées : trois de ses plus grands succès s’enchaînent — The Green Manalishi, Albatross et bien entendu Oh Well. Un répertoire auquel le grand guitariste français Fred Chapellier avait d’ailleurs rendu un très bel hommage sur scène avec un album live paru en 2018. Le voyage continue avec les tubes post-Rumours portés par le duo Buckingham/McVie, tels que le scintillant Everywhere, le bondissant Say You Love Me, le magnétique Little Lies ou encore une version acoustique de Big Love. On retiendra aussi Rhiannon, premier tube signant l’arrivée de Stevie Nicks en 1975, et l’hypnotique I’m So Afraid dont le solo de guitare explosif a gravé la patte Lindsey Buckingham dans l’histoire.
En guise de clin d’œil à la carrière solo de Stevie Nicks, le groupe a électrisé la salle avec son hymne de 1981, Edge of Seventeen. Le riff saccadé et l’énergie du morceau ont rappelé l’influence monumentale de la « White Witch » sur le Rock moderne, avant que le sauvage Tusk ne vienne conclure ce show en apothéose.
Plus qu’un hommage, ce concert à l’Olympia agit comme une transmission. Celle d’un groupe dont l’influence traverse les générations et dont les chansons continuent de résonner avec une intensité rare. En deux heures, Rumours of Fleetwood Mac a rappelé une évidence : certaines légendes ne s’éteignent jamais.






