Entre la Seine et le ciel de Boulogne-Billancourt, le Festival Chorus a confirmé qu’il demeure un baromètre indispensable des musiques actuelles. Réunissant une mosaïque d’artistes, des figures de proue de la scène urbaine aux voix les plus singulières de l’indé, cette 38ème édition a fait vibrer la Seine Musicale, transformant l’Île Seguin en un laboratoire où l’audace artistique rencontre la ferveur du public.
Du 10 au 12 avril 2026, la pointe de l’Île Seguin à Boulogne-Billancourt s’est transformée en épicentre de la création musicale. Le Festival Chorus des Hauts-de-Seine a une nouvelle fois prouvé sa pertinence, ancrant la Seine Musicale comme un écrin privilégié pour la diversité sonore. Né dans les années 90, relocalisé de l’Esplanade de la Défense à la Seine Musicale depuis quelques années, ce rendez-vous incontournable a su évoluer tout en conservant son ADN : le soutien à la scène émergente mêlé à des têtes d’affiche fédératrices.
L’atout majeur de ce festival réside dans sa scénographie. Entre la ferveur de la Grande Seine, l’intimité feutrée de l’Auditorium, l’effervescence du Parvis et l’esprit « découverte » de la scène Riffx, le festival propose des expériences contrastées, adaptées à chaque esthétique.
UNE OUVERTURE ECLECTIQUE
La programmation du vendredi a posé le décor de cette édition avec une exigence artistique notable. Zélie a marqué les esprits en ouverture sur la Grande Seine, tout comme l’émotion brute d’Astéréotypie sur le Parvis. Né d’ateliers d’écriture en institut médico-éducatif et développé avec des musiciens du groupe Moriarty, le groupe originaire des Hauts-de-Seine réunit des chanteurs neuroatypiques qui transforment leurs textes en performances d’une intensité rare : paroles brutes, poésie sans filtre, et énergie Post-Punk qui bouscule les cadres. Figures connues des « Rencontres du Papotin » (France 2), Claire, Yohann et Stanislas (qui s’est également illustré au cinéma dans le film Un petit truc en plus d’Artus) portent sur scène une parole singulière, politique sans le revendiquer frontalement. Leur trajectoire, des ateliers aux grandes scènes, incarne parfaitement l’esprit de Chorus : faire émerger des voix hors norme.

Dans un registre plus grand public, Louane livrait ici sa dernière date seule sur scène, dans une proximité touchante avec son public. Le trio nantais Pamela a quant à lui marqué les esprits par l’intensité vocale de son chanteur, véritable colonne vertébrale émotionnelle du projet.
Dans l’Auditorium, Ala.Ni a offert une parenthèse enchantée. La londonienne à la voix d’or a présenté son nouvel album Sunshine Music, fruit d’une immersion jamaïcaine. Une performance habitée, à la mesure du parcours singulier de cette artiste passée par les chœurs de Blur et Mary J. Blige.
Sur la scène Riffx, c’est le duo français Copycat qui a captivé l’audience. Avec une énergie communicative et une fraîcheur désarmante, les deux cousines ont défendu les titres de leur premier EP, Morning Routine. Leurs textes en français, percutants et ancrés dans le quotidien, ont confirmé leur statut de révélation à suivre de très près.



Enfin, la soirée fut magistralement clôturée par Fatoumata Diawara sur la Grande Seine. Equipée de sa guitare Epiphone signature, prolongement naturel de son univers, l’incontournable artiste malienne a hypnotisé le public avec notamment un avant-goût de son nouvel album attendu en juin, produit par un certain Mathieu Chedid (M), avec qui elle partage l’aventure Lamomali. Vous la retrouverez sur la scène de l’Olympia le 25 novembre prochain.

WEEK END URBAIN : LE POULS DU RAP FRANÇAIS
Le samedi et le dimanche ont basculé dans une atmosphère tournée vers les cultures urbaines. La programmation a dressé un panorama représentatif de la scène Rap/Urbaine française actuelle, accueillant entre autres des noms bien connus comme Yorssy, Bamby, Sheng, Nono la grinta, Méryl (nommée deux fois aux Victoires de la Musique), R2, La Mano 1.9, Timar, Jeune Morty, RSKO et Dakeez, ce dernier porté par l’énergie de son concert complet à la Cigale la veille, avant que la star Keblack ne vienne clore les festivités du dimanche soir dans une ferveur collective avant de retrouver Paris l’an prochain à l’Accor Arena. Sans oublier les vétérans du Rap français Scylla & Furax Barbarossa dans l’auditorium. La scène a également vu défiler des figures montantes comme Ebony (révélée par la Star Academy 2024) et Just Shani. L’international était représenté par les premières dates en France de Amie Blu, DC3, ainsi que Jessy Blakemore, artiste soutenue par une certaine Billie Eilish.





Le Chorus ne serait pas le Chorus sans cette capacité à naviguer entre les genres. Le quartet du trompetistte Daoud a apporté sa caution Jazz, confirmant l’étendue de son talent déjà entrevu lors du concours Jazz à la Défense en 2024. Le Belge Jelle Denturck de Dressed Like Boys a séduit par sa voix et son énergie, tandis que Bertrand Belin a offert un moment suspendu dans l’Auditorium, fidèle à sa plume ciselée et à cette voix grave, presque parlée, qui oscille entre récit et chant. Une voix dont le timbre et la diction ne sont pas sans rappeler le regretté Alain Bashung, sans jamais s’y confondre, et qu’il déploie avec une précision presque hypnotique dans les titres de son nouvel album Watt, confirmant une écriture toujours aussi tendue et habitée.

L’une des plus belles découvertes est sans doute venue de la scène Riffx avec Yasmine Meddour. Chantant en kabyle, elle a transporté le public au cœur de son enfance en Algérie. Son parcours, marqué par la composition de la BO du film Papicha (présenté en compétition officielle à Cannes en 2019 et récompensé par deux César en 2020), confirme le rôle essentiel du festival : mettre en lumière des voix authentiques qui portent l’héritage culturel vers des horizons contemporains.

LE PRIX CHORUS : UN TREMPLIN INCONTOURNABLE
Véritable accélérateur de carrière combinant soutien financier et accompagnement professionnel, le Prix Chorus confirme le flair du festival pour repérer les talents de demain. Au fil des années, le prix — anciennement Découvertes Chorus — a révélé des artistes devenus incontournables, à l’image de Bertrand Belin, Christine and the Queens, Hyphen Hyphen, Aloïse Sauvage, Feu! Chatterton ou encore Zaho de Sagazan.
C’est Alma Rechtman qui remporte le Grand Prix cette année, tandis que Vera Daisies décroche le Coup de cœur des collégiens : ancienne membre du trio Ottis Coeur, nous avions déjà pu découvrir son nouveau projet solo à Rock en Seine en août 2025.
À l’heure où les rideaux se referment sur cette édition 2026, le Festival Chorus réaffirme sa mission : celle d’être bien plus qu’une simple série de concerts. En tissant des liens entre des têtes d’affiche internationales et des pépites à découvrir, entre héritages culturels et modernité brute, l’événement a réussi son pari de décloisonner les genres.
Mais dans un contexte économique difficile pour les Hauts-de-Seine, le département a annoncé qu’aucune édition n’aurait lieu l’année prochaine, tout comme la Défense Jazz Festival, autre grand rendez-vous porté par le département, qui ne s’installera pas cette année au pied de la Grande Arche. Le rendez-vous est déjà fixé en 2027 pour la Défense Jazz Festival, et en 2028 pour la 39ème édition du Chorus.
Nous remercions sincèrement l’équipe presse du département des Hauts-de-Seine (notamment Jean Philippe, Simon, et leurs collaborateurs) pour l’accréditation, pour leur accueil et leur accompagnement tout au long de ces trois jours, ainsi que le personnel d’accueil, technique et de sécurité de la Seine Musicale.
JOUR 1 – Zélie, Astéréotypie, Louane, Pamela, AlaNi, Copycat, Fatoumata Diawara
JOUR 2 – Yorssy, Daoud, Bamby, Sheng, Jessy Blakemore, Nono La Grinta, Scylla & Furax Barbarossa, Amie Blu, Jeune Morty, Méryl, DC3, R2
JOUR 3 – Yasmine Meddour, Timar, Dakeez, Oscar Emch, RSKO, Just Shani, Dressed Like Boys, Ebony, La Giu, Bertrand Belin, Keblack





