Le 10 mars, la salle des Cuizines (Chelles) affichait complet pour accueillir l’une des figures majeures du Blues contemporain : Bernard Allison. Cette date, située au tout début de sa nouvelle tournée européenne, donnait le ton d’un périple qui s’annonce particulièrement intense pour le guitariste américain. Dans ce lieu à taille humaine, il a offert un concert habité, généreux et profondément ancré dans l’esprit du Blues.
LOST KABAN
La soirée débute avec le groupe seine-et-marnais Lost Kaban, chargé d’ouvrir les festivités. Le groupe installe rapidement une ambiance chaleureuse et électrique, proposant un Blues-Rock solide et efficace qui capte l’attention d’un public déjà nombreux. Leur set, dynamique et direct, remplit parfaitement son rôle : mettre la salle en condition et préparer l’arrivée de la tête d’affiche.
BERNARD ALLISON
Fils du légendaire Luther Allison, Bernard Allison porte un héritage aussi prestigieux qu’exigeant. Né à Chicago en 1965, il grandit au cœur de la musique de son père et côtoie très jeune les grandes figures du Blues. Pourtant, plutôt que de rester dans l’ombre paternelle, il a progressivement construit sa propre identité musicale : un Blues électrique nourri de Soul, de Funk et de Rock, marqué par un jeu de guitare incisif et expressif.
Depuis ses débuts discographiques dans les années 1990, Allison s’est imposé comme l’un des guitaristes les plus respectés du circuit Blues. Sa carrière, riche d’une quinzaine d’albums et de tournées incessantes, lui a permis de bâtir une réputation solide : celle d’un musicien capable d’allier virtuosité, groove et une véritable communion avec le public.
Son dernier album, Luther’s Blues, s’inscrit justement dans cette filiation assumée. Avec ce disque, Bernard Allison rend hommage à son père (décédé en 1997) en revisitant plusieurs titres emblématiques de son répertoire. Loin d’un simple exercice nostalgique, il s’approprie ces morceaux avec une énergie contemporaine, en y injectant sa propre sensibilité et son sens du groove, transformant chaque reprise en véritable réinterprétation. Sur scène, cet héritage prend une dimension particulière.
La setlist du concert est relativement courte, mais chaque morceau s’étire dans la durée. Ce choix permet à Bernard Allison et à ses musiciens — tous excellents — de développer de longues séquences instrumentales où chacun peut s’exprimer. Les solos se succèdent, la guitare d’Allison dialoguant avec la section rythmique dans un esprit très libre. Le blues devient alors un terrain d’exploration où groove, improvisation et puissance sonore se rencontrent.
Parmi les morceaux joués ce soir figurent deux titres marquants du répertoire de Luther Allison : Bad Love et Serious. Bernard Allison y déploie un jeu de guitare flamboyant, respectueux de l’esprit original tout en y injectant sa propre énergie. Fidèle à son habitude, le long solo final de Serious devient un véritable moment de communion avec la salle : Bernard Allison descend jouer au milieu du public, déambulant entre les spectateurs et et se baladant jusque dans le hall des Cuizines
Autre moment marquant de la soirée : une reprise impressionnante de Voodoo Child (Slight Return) de Jimi Hendrix. Bernard Allison s’attaque à ce monument avec respect mais sans retenue, livrant une version nerveuse et habitée qui déclenche l’enthousiasme du public. On y retrouve tout ce qui fait sa signature : un toucher expressif, un sens du groove redoutable et une capacité à faire monter la tension jusqu’à l’explosion.
À Chelles, en ouverture de cette nouvelle tournée européenne, Bernard Allison a rappelé grâce à sa virtuosité, son énergie et son sens du partage, son statut de figure incontournable du Blues actuel.

Nous remercions les Cuizines pour l’accréditation et l’accueil !





