Le 21 novembre 2025, Manu Lanvin & The Devil Blues ont embrasé le Bataclan. Une date qui dépassait de loin le cadre d’une tournée : c’était un geste, une affirmation, un retour volontaire dans un lieu chargé de silences et de mémoires. Dix ans après. Manu Lanvin n’est pas simplement venu jouer : il est venu accomplir une mission, faire de la musique un terrain où l’on se relève.
FALLEN LILLIES
Pour ouvrir la soirée, le quatuor féminin Fallen Lillies a fait monter la température d’un cran — ou plutôt de plusieurs. Les Franc-Comtoises, fidèles à leur énergie frontale, ont dévoilé les titres de leur nouvel album Cran avec une assurance toujours plus marquée.
Guitares acérées, batterie compacte, et quatre voix qui s’emboîtent avec évidence : le groupe a livré une demi-heure dense, tendue, sans temps mort. Les morceaux en français — Haut et fort, Rouge Chaos ou À la vôtre — ont résonné dans la salle comme des coups portés avec précision, affirmant un Rock direct, sans fioriture, mais chargé de tempérament.
MANU LANVIN
Manu Lanvin a grandi entouré d’histoires, d’images, de scènes. Le théâtre, le cinéma, la musique : tout converge vers lui avant même qu’il l’ait décidé. Batteur à ses débuts, il change de destin le jour où son père, Gérard Lanvin, lui remet une guitare déjà mythique — celle de Marche à l’ombre. Un passage de flambeau symbolique, presque une scène fondatrice.
Depuis son premier album Venir au Monde (2000), Manu s’est imposé comme l’une des voix majeures du Blues-Rock français. Avec The Devil Blues, il forge une identité scénique puissante, nourrie d’une énergie brute et d’une voix rocailleuse, saluée par des figures tutélaires comme Paul Personne ou Taj Mahal.
Au fil des années, il s’est affirmé non seulement comme un auteur-compositeur solide mais comme l’un des meilleurs guitaristes français, capable de mêler virtuosité, instinct et émotion sans jamais sacrifier la sincérité. Son jeu, à la fois nerveux et profondément mélodique, porte sa signature comme une empreinte indélébile.
Après une tournée en commun avec son père, Manu Lanvin revient accompagné de ses Devil Blues avec la sortie de son huitième album, Man On a Mission, enregistré entre la France et les États-Unis. Un disque plus personnel, conçu comme un voyage intérieur, une plongée dans ses racines musicales et humaines.
Choisir le Bataclan pour lancer ce nouvel album n’avait rien d’anodin. Ce n’est plus seulement la salle mythique où l’adolescent Manu avait vu Paul Personne pour la première fois. Jouer ici, c’est réaffirmer, par des riffs et des mots, que l’art peut être une manière de conjurer l’ombre. Ce soir-là, il n’était pas seulement en tournée : il accomplissait quelque chose de plus profond — une nécessité intime, presque morale.
Accompagné de ses fidèles musiciens du Devil Blues, auxquels sont venus s’ajouter ce soir sa fidèle choriste et percussionniste et une section de cuivre made in UK, le Diable Lanvin a déroulé les classiques qui ont façonné sa réputation :
Blues, Booze & Rock’n’Roll, Soul Revolution, She’s Da Bomb, When i’m down, une reprise musclée de Highway to Hell, sans oublier comme à chaque concert l’hommage vibrant à son ami de toujours, le regretté Calvin Russell, avec un Crossroads chargé d’émotion, et le survolté Wild Wild West. On retiendra aussi un Je suis le diable d’anthologie, ponctué par le traditionnel bain de foule au cours duquel Manu a confié sa guitare au célèbre guitariste touareg Amar Sundy, présent parmi le public comme beaucoup d’autres visages connus de la scène hexagonale.
Les nouvelles chansons — Man On a Mission, I Can’t Get Enough of You, Change My Ways, I Got the Blues, Did you see Jedi ou encore What’s the Matter With You, et Nuit servie en ultime rappel — se mêlent au reste comme une évidence. Rien ne semble forcé : elles prolongent le sillon, comme si elles avaient toujours attendu leur place dans ce répertoire.
L’émotion gagne Manu dès les premières notes de Savigny sur Orge, avec la présence de ses parents dans le public, Gérard Lanvin et Jennifer (figure de la scène disco des années 80). Leur présence discrète mais visible renforce cette impression de transmission, de continuité : un fils d’artistes qui, dans une salle chargée d’histoire, offre à sa famille un moment d’intensité et de partage.
Ce soir-là au Bataclan, Manu Lanvin n’a pas seulement donné un concert. Il a affirmé une conviction : il est, plus que jamais, un homme en mission — celle de maintenir vivantes les émotions, les histoires, les lieux, et de rappeler que le blues, parfois, est une forme de résistance.
Nous remercions Gel Productions pour l’accréditation photo ainsi que le Bataclan pour son accueil.




