Du 5 au 8 mars, la ville de Montrouge a accueilli une nouvelle édition du Paris Guitar Festival, devenu en quelques années l’un des rendez-vous incontournables pour les amateurs de guitare. Concerts, rencontres avec des artistes, démonstrations et salon de lutherie composent un programme dense, ouvert à tous les styles.
Créé autour du Salon de la Belle Guitare, le festival a progressivement pris de l’ampleur pour devenir une manifestation d’envergure internationale dédiée à l’instrument. La 14ᵉ édition se déroule principalement au Beffroi de Montrouge, avec plusieurs espaces de concerts, d’expositions et de rencontres. L’occasion de découvrir le travail d’orfèvre de ces artisans indépendants passionnés par leur métier, ce qui se reflète dans la qualité des instruments présentés, mais aussi des amplis, pédales d’effets ou médiators. Pendant quatre jours, l’événement transforme la ville en véritable capitale de la guitare, où se croisent musiciens confirmés et nouvelles générations. Il n’est pas rare d’apercevoir au détour d’un stand quelques grands noms de la guitare et de la basse venues tester quelques pépites et nouveautés proposées par les marques.
LOUIS CHEDID
Cette 14ᵉ édition du Paris Guitar Festival s’est ouverte jeudi soir avec le concert de Louis Chedid, toute dernière date de sa tournée « Rêveur Rêveur ». Figure majeure de la Chanson française depuis les années 1970, l’auteur-compositeur-
Le concert a débuté dans une atmosphère intimiste, en acoustique, avant de progressivement prendre une dimension plus électrique. Une montée en puissance qui a accompagné un voyage à travers son répertoire. Pendant plus de deux heures, l’artiste a revisité plusieurs de ses tubes, parmi lesquels T’as beau pas être beau, Bouc Bel Air, Anne ma sœur Anne, Ainsi soit-il, Egoman, Tu peux compter sur moi ou encore Cocotiers bananiers. Le public a également découvert en live plusieurs titres de son dernier album, dont Rêveur rêver, Les battements du cœur et Je suis là. Moment particulièrement marquant : une reprise du Déserteur de Boris Vian, interprétée avec sobriété et qui, dans le contexte international actuel, a résonné avec une force particulière.
LEÏLA DUCLOS
La deuxième soirée du festival était placée sous le signe de la guitare classique. Avec sa voix souple et expressive, Leïla Duclos s’impose aujourd’hui comme l’une des chanteuses les plus prometteuses de la scène Jazz française avec un univers mêlant manouche et paroles en français. Au Paris Guitar Festival, elle a présenté plusieurs compositions issues de son dernier album Fille du feu, tout en offrant au public un avant-goût de son prochain disque, attendu en octobre et dont la release party est déjà annoncée au New Morning à Paris.
Entourée de son quartet (Gilles Cocquart, basse ; Olivier Kikteff, guitare ; et Jean-Marc Robin, batterie), la chanteuse a également revisité plusieurs classiques du Jazz. Elle a ainsi proposé des versions personnelles de Festival 48 de Django Reinhardt, Caravan de Duke Ellington et Groovin’ High de Dizzy Gillespie, transformant ces standards en véritables terrains de jeu pour son phrasé vocal et ses improvisations. On retiendra aussi l’interprétation d’une mélodie écrite spécialement pour elle par Ninine Garcia, figure emblématique du Jazz manouche et véritable parrain du style en France. Une manière de relier la jeune génération à l’héritage musical de la guitare manouche.
THIBAUT GARCIA
Dans la grande salle Mobius du Beffroi de Montrouge se déroulait en même temps que le concert de Leïla Duclos la soirée hommage à Roland Dyens, compositeur et guitariste français disparu en 2016, dont l’influence reste considérable dans le répertoire de la guitare contemporaine.
Après une première partie assurée par la jeune guitariste Cassie Martin, c’est un très grand nom de la guitare classique qui entre en scène : Thibaut Garcia. Révélé très jeune sur la scène internationale, il s’est imposé comme l’un des grands ambassadeurs de la guitare classique actuelle.
Son programme a illustré la diversité de ses inspirations. Il a notamment interprété un arrangement de la Suite pour violoncelle n°6 de Johann Sebastian Bach, démontrant son affinité avec le répertoire Baroque. Il a également joué l’arrangement par Roland Dyens de L’Hymne à l’amour, immortalisé par Édith Piaf. Entre musique baroque et pièces espagnoles, Thibaut Garcia a ainsi conjugué ses deux grandes passions musicales, offrant une performance à la fois virtuose et profondément expressive.
JESSIE LEE & THE ALCHEMISTS feat. YAROL POUPAUD & NONO KRIEF
Le troisième et dernier soir de concerts s’est conclu avec Jessie Lee & The Alchemists, groupe aujourd’hui solidement installé parmi les références du Blues-Rock européen. Emmenée par la guitariste et chanteuse Jessie Lee Houllier (déjà présente en 2025 avec le projet Electric Lady Land de Nina Attal) et le guitariste Alexis « Mr AL » Didier, la formation s’est forgé au fil des années une solide réputation scénique, mêlant virtuosité, groove et énergie Rock. Le groupe est actuellement en tournée pour défendre son nouvel album Legacy, un disque qui confirme leur place sur la scène Blues-rock contemporaine et dont les titres prennent toute leur dimension sur scène.
Pendant deux heures, le public a assisté à un show intense et enflammé, porté par les solos incisifs et la puissance vocale de Jessie Lee. La soirée a également été marquée par la présence de deux invités de marque. D’abord Norbert Krief, figure emblématique du Hard rock français avec Trust qui a également accompagné Johnny Hallyday sur scène et en studio entre 1986 et 1994. Puis Yarol Poupaud, guitariste de FFF et directeur musical de Johnny Hallyday de 2012 à 2017, venu électriser la salle Mobius avec Fils de personne, titre qu’il a composé pour le Taulier, avant d’enchaîner avec une reprise survoltée de Nutbush City Limits, immortalisé par Tina Turner.
Les deux musiciens sont ensuite revenus rejoindre Jessie Lee & The Alchemists pour un final collectif explosif : une version d’anthologie de I Just Want to Make Love to You, concluant ces deux heures de concert sous les acclamations du public.
N’oublions pas de citer le duo Monika Kabasele/Hugo Corbin qui se produisait à l’Espace Colucci le jeudi soir, ainsi qu’Henri Dès en clôture le dimanche après midi au Beffroi pour le grande bonheur des enfants (et leurs parents !).
En marge des concerts, chaque après-midi, de nombreux guitaristes sont venus présenter guitares, amplis ou pédales d’effets lors de sessions de démonstration très suivies par le public. Le jeune Jessy, révélé par The Voice Kids avec son groupe KissKids, a notamment attiré l’attention, tout comme le nouveau visage du Blues-rock français Pacôme Rotondo. Les visiteurs ont également pu assister aux performances de Nico Chona, Nelson Martins — guitariste du groupe Skip The Use —, du virtuose Christophe Godin, l’un des guitaristes français les plus reconnus à l’international, de Swann Vaude, du guitar hero breton Pat O’May, de la figure YouTube Neogeofanatic, mais aussi du guitariste et compositeur Jazz Samuel Strouk et du journaliste et musicien Julien Bitoun. Autant d’univers et de styles différents qui illustrent parfaitement l’esprit du Paris Guitar Festival : un lieu de rencontre entre générations, esthétiques musicales et passion commune pour la guitare.
Entre virtuoses reconnus, jeunes talents et artisans d’exception, le Paris Guitar Festival célèbre la guitare sous toutes ses formes, des instruments d’exception aux concerts de haut niveau, et confirme son statut de rendez-vous incontournable pour les passionnés. Un événement qui, chaque année, fait de Montrouge la capitale des six cordes.





