Sur la scène de l’Olympia, I Muvrini continue de faire résonner bien plus que des polyphonies corses. Depuis près d’un demi-siècle, les frères Bernardini portent une musique de transmission, d’engagement et d’humanité. Le 4 mars 2026, le groupe a une nouvelle fois transformé la salle parisienne en lieu de partage et d’espoir.
CESAR
La soirée débute avec le chanteur César, demi-finaliste de The Voice l’an dernier dans l’équipe de Florent Pagny. L’artiste propose un set mêlant compositions personnelles en français (dont son premier single Coeur vagabond), mais aussi en corse pour ouvrir son concert. Il offre également quelques reprises, dont une interprétation sensible de Je l’aime à mourir de Francis Cabrel, chaleureusement accueillie par le public de l’Olympia.
I MUVRINI
Calvi, été 2007. Un adolescent découvre les polyphonies corses d’I Muvrini face à un décor de carte postale : le port de Calvi, la mer qui s’assombrit et ces voix puissantes qui semblent surgir des montagnes. Près de vingt ans plus tard, cet adolescent n’a rien oublié de ce concert marquant en compagnie des frères Bernardini. Ce 4 mars à l’Olympia, ni Méditerranée ni citadelle : le décor a changé, mais dans la salle parisienne flotte toujours cette même âme corse, à la fois enracinée et universelle, qui avait tant touché ce futur photographe de concerts.
I Muvrini est une formation emblématique fondée autour des frères Jean-François et Alain Bernardini. Depuis la fin des années 1970, le groupe s’est imposé comme l’un des plus grands ambassadeurs de la culture corse, popularisant la polyphonie traditionnelle tout en l’ouvrant à d’autres influences musicales. De leurs premiers enregistrements militants aux grandes collaborations internationales — de la chanson française aux rencontres avec d’autres cultures vocales — les Corses ont su transformer un patrimoine régional en langage universel.
Au fil des décennies, I Muvrini a construit une carrière impressionnante avec des tournées dans le monde entier. Le groupe n’a jamais cessé de défendre une certaine idée de la musique : une musique de transmission, de mémoire et de partage. Leur actualité récente s’inscrit dans cette continuité, entre concerts, projets culturels et engagements associatifs autour de la paix, de la fraternité et de la protection du vivant.
Sur la scène de L’Olympia, les voix restent intactes. Les harmonies, profondes et enveloppantes, rappellent immédiatement la puissance des polyphonies corses, tandis que l’expérience scénique d’I Muvrini donne au concert une dimension presque intime malgré la taille de la salle. Entre quelques morceaux emblématiques comme À voce rivolta ou Alma, le groupe fait la part belle à son nouvel album Nulu 33 avec des titres comme Più grande, Nunda ci separi, Ti dò, le single Passiuniti ou encore la chanson éponyme Nulu 33. Autant de moments qui composent un concert de plus de deux heures trente, véritable immersion au cœur de l’âme corse.
Entre les morceaux, Jean-François Bernardini multiplie les interventions. L’humour y occupe une place importante : anecdotes, clins d’œil au public, autodérision. Mais derrière la légèreté affleure toujours un propos plus profond. Les traits d’esprit servent souvent de passerelle vers des messages politiques, sociaux ou environnementaux. La paix, la dignité humaine, l’urgence écologique ou encore la nécessité de rester optimiste dans un monde inquiet traversent ces prises de parole. Chez I Muvrini, la musique n’est jamais dissociée d’un engagement profondément humaniste.
Moment particulièrement émouvant de la soirée : la présence de la chorale du collège de Biguglia (Haute Corse) venue spécialement pour ce concert exceptionnel. Les élèves rejoignent le groupe pour interpréter trois morceaux en langue corse, sous la direction de leur professeure de musique. La rencontre entre les jeunes voix et celles, plus profondes, des chanteurs corses incarne parfaitement l’idée de transmission qui traverse toute la carrière du groupe. Une transmission musicale bien sûr, mais aussi linguistique : à travers ces chants, c’est aussi la langue corse qui se transmet de génération en génération.
À l’Olympia, I Muvrini rappelle finalement ce qui fait la force de son parcours depuis près d’un demi-siècle : des polyphonies enracinées dans la terre corse mais tournées vers le monde, des chansons capables d’émouvoir autant que de faire réfléchir, et cette conviction constante que la musique peut porter des messages de paix, d’espoir et d’humanité.

Nous remercions Veryshow pour l’accréditation photos ainsi que l’Olympia pour son accueil.





