Place à l’embrasement de URNE avec leur troisième album Setting Fire To The Sky. Après leur précédent album A Feast On Sorrow très introspectif et brut en émotion, c’est désormais à son successeur que l’on a à faire.

Sorti le 30 janvier dernier, celui-ci vient s’inscrire dans une toute nouvelle dynamique, aussi surprenante que prenante. A l’opposé complet de ce qui avait été réalisé précédemment aux artwork, ici c’est signé Dan Zollinger qui nous gâte avec une effigie colorée à la beauté perçante, tenant un flambeau à sa main, faisant ainsi immédiatement écho avec le nom de notre 8 pistes.

Le premier titre Be Not Dismayed s’ouvre sur une guitare sèche soliste à la fois douce et triste, que l’on imaginerait presque jouée par un barde comptant ses histoires autour d’un feu. Mais rapidement le son change brutalement laissant place au vrombissement des guitares bien plus électriques, puis à la rythmique très incisive et régulière, presque militaire. Le chant vient se poser ensuite presque naturellement dans une voix ténébreuse et criante que l’on pourrait facilement s’attendre à avoir mais qui est particulièrement inattendue pour URNE, nous laissant poser un regard nouveau sur leur proposition de répertoire. Les grosses voix laissent ensuite place à un refrain qui nous accroche immédiatement. D’une force et d’une puissance palpable, le groupe fraîchement pourvu d’une quatrième tête aux 6 cordes, nous propose quelques lignes qui résonnent fort et qui donnent envie de se lever pour se tenir debout, tête haute et poing levé. “Be not dismayed and carry this torch forward. Be not dismayed, nor fear if the light goes out”, littéralement, “ne te laisse pas abattre et continue à porter le flambeau. Ne te laisse pas abattre, ni craindre si la lumière s’éteint”. Ces mots, habillement bien choisis, portent comme un étendard l’essence même du titre et ne sont qu’une bouchée introductive au génie lyrique de l’œuvre dans son entièreté.
Weeping to The World s’enchaîne dans un démarrage tout aussi incisif mais avec une touche incroyablement proche d’un Gojira (un clin d’œil de la production peut-être ?) qui laisse tout de même place à la singularité d’un URNE bien présent. La voix se veut plus ronde et chaude dans les clairs, très enveloppante surtout dans les pré-chorus. Les guitares sonnantes et grinçantes donnent tout de même une sensation de malaise paradoxal mais non moins gênant car toujours en parfaite cohérence et harmonie avec le titre, contrebalançant les parties plus synchronisées du morceau. Un effet de construit/déconstruit qui va et qui vient mais qui fonctionne très bien en somme.
The Spirit, Alive revient dans une cadence plus régulière voir cyclique dans sa construction. Là encore, on a un refrain qui fonctionne extrêmement bien, tout à fait calibré pour du live. On est clairement dans du revendicatif, avec un appel à un chant en chœur, pour se sentir plus vivant que jamais. On a vraiment très hâte de voir ce morceau joué en live avec un public qui joue le jeu ! Sur ce troisième titre, on a encore du solo de guitare qui vient se poser au fil du titre, mais qui trouve toujours sa place pour tenir la cadence et la cohérence des morceaux.
Setting Fire to the Sky, titre éponyme à l’album, porte à lui seul tous les codes de l’album par sa musicalité de batterie militaire, par les voix bien grasses avec du growl bien lourd et des guitares qui s’amusent à explorer toutes leurs frettes. Les paroles et l’ambiance transpirent l’artwork même de l’album. On comprend donc pourquoi c’est celui-ci qui sert d’élément central à ce nouveau URNE que l’on a ici. Aux deux-tiers du titre, on a également le moment le plus brutal parmi l’ensemble des morceaux, avec une invitation au circle pit ou en tout cas à la bataille pour un titre qui a toute sa place dans un set live.
Avec The Ancient Horizon, c’est une hymne à l’amour. L’ambiance s’y prête réellement malgré les voix gutturales des couplets et l’envie d’appuyer en boucle sur le bouton play à la fin du titre est réelle. Mais ici rien de charnel, uniquement de l’amour musical, à la fois pour sa composition parfaitement réalisée, mais aussi pour l’envie de chanter qu’elle procure.
“The roots they thrive through everyone
Oblivion before everything
The air that flows around us
Now you’ll be free”
L’air du chorus sonne comme une libération et une déclaration collective. Et pour cause, c’est une ode à tous les grands noms de la scène Métal qui ont contribué à l’expansion du genre depuis qu’il existe, allant de Ritchie Blackmore à Ronnie James Dio entre autres. L’occasion pour URNE de rappeler que sans ces grands noms, bon nombre des groupes que nous connaissons actuellement n’existeraient pas et que tout n’est qu’héritage dans ce domaine.

Urne au Hellfest 2025, Jour 3
Urne au Hellfest 2025, Jour 3

On revient à quelque chose de plus lourd et sérieux ensuite avec Towards the Harmony Hall. Là encore, on sent une certaine influence de Gojira sur les guitares ainsi qu’à la batterie, mais aussi par les contretemps qui viennent soudainement nous frapper là où on ne les attend pas. Plus noir que les titres précédents, il conserve à leur instar cette férocité omniprésente, quoique c’est l’un des titres qui nous offre également l’un des passages les plus calmes de tous, nous plongeant dans une profonde mélancolie avant une bataille finale à en secouer la tête si fort que l’on pourrait la perdre. Le titre est à la fois entraînant et malaisant dans ses sonorités ce qui laisse quelque peu confus sur le ressenti final, n’enlevant pas la beauté ni la grâce d’écriture.
L’album se pare également de deux collaborations avec Harken the Waves en compagnie de Troy Sanders de Mastodon et Breathe avec les violoncellistes de Jo Quail. La première vient renforcer la présence Heavy de l’album, ainsi que la liste des titres à rallonge avec ses 9 minutes et 23 secondes, dont les 3 premières bonnes minutes sont sans l’ombre d’une voix à son démarrage. Nos deux chanteurs superposent ensuite leur voix pour n’en faire qu’une, mêlant clair et criée, et flottant sur les instruments, tel des marins navigant à travers les océans et leurs tempêtes. A l’inverse, Breathe vient apaiser la houle et poser la fin des hostilités. Une pause pour respirer, adoucir les mœurs et admirer la nature. La voix dominante est douce et les instruments tamisés et les violoncelles caressent le titre d’une volupté admirable. La mélancolie est présente dans les paroles mais la douceur du titre en fait une terrible berceuse pour les oreilles.
Petit bonus pour les versions CD et Digital, Nocturnal Forms ravivera les pulsions incisives et ramène à nouveau le groupe dans un horizon plus hostile et sombre, présageant peut-être de l’avenir du groupe dans sa démarche artistique ? 

Setting Fire To The Sky se place clairement comme un album totalement inattendu mais pleinement accompli dans sa qualité artistique. URNE remplit haut la main le pari de se réinventer et de proposer un vent de fraîcheur dans ses propositions musicales, nous concoctant ainsi ce qui peut être considéré comme l’un des meilleurs albums de ce début d’année. Les thèmes abordés et l’ambiance sont des invitations à aller de l’avant, de continuer à vivre et à faire ce que l’on aime, en ayant toujours une pensée pour ce qu’il y avait avant mais aussi en se préoccupant de ce qui arrivera après. De cette façon, on vogue assez aisément entre influences Heavy, Death, mais aussi Post-Metal et Metal moderne pour un alliage très agréable à l’écoute. Les titres sont dans leur globalité entraînants et nous marquent chacun à leur façon. On ne les voit pas défiler alors que bien la moitié d’entre eux dépassent aisément les 5 minutes, on est donc sur une petite pépite !

Tracklisting :
Be Not Dismayed
Weeping To The World
The Spirit, Alive
Setting Fire To The Sky
The Ancient Horizon
Towards The Harmony Hall
Harken The Waves (feat. Troy Sanders)
Breathe (Feat. Jo Quail)
Nocturnal Forms (CD and Digital ONLY bonus track)

Titre incontournable : Setting Fire To The Sky  et The Ancient Horizon, impossible de choisir entre les deux
Titre dont on aurait pu se passer : Nocturnal Forms, d’ailleurs on s’en passe selon les versions
Titre Ovni : Aucun, l’album est tout à fait cohérent dans son ensemble

20/20

 

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