Au Théâtre du Châtelet, Dafné Kritharas a offert un concert habité, où Prayer and Sin a résonné comme un chant de mémoire, de lutte et de communion.

Il y a des artistes vers lesquels on revient naturellement, sans lassitude. Ce 19 janvier 2026, au Théâtre du Châtelet, Dafné Kritharas s’est imposée dès les premières notes par la force de son univers, capable d’absorber l’écoute et de suspendre le temps.

Franco-grecque, Dafné Kritharas puise dans les chants méditerranéens, balkaniques et séfarades, qu’elle interprète majoritairement en grec, et qu’elle mêle à des arrangements où se croisent musique traditionnelle, Jazz et pulsations contemporaines, portés par des instruments comme la gadoulka ou le saz, inscrits dans une pratique musicale encore bien vivante aujourd’hui.

Ce concert parisien, porté par un sextet d’une grande finesse, prenait des allures de rituel, mené d’une voix droite et habitée capable de passer de l’épure à l’intensité la plus dense sans jamais forcer l’émotion. Régulièrement, ce « Hajde ! » typiquement balkanique, lancé comme une incantation, fait basculer l’énergie scénique au moment précis où tout s’embrase. Dans l’écrin somptueux du Théâtre du Châtelet, la richesse de son univers trouvait un espace à sa mesure, sublimé par l’acoustique et la majesté du lieu.

La soirée faisait logiquement la part belle à son nouvel album, Prayer and Sin, paru récemment : d’Anemos à Xapa, en passant par Là BasPrayer & SinMia Kori Mia SkiaFerte ou encore Enastros Ouranos livrée dans une version piano-voix d’une grande intensité. Certains moments se font plus dépouillés, comme Alfonsina ou Deux anges deux amis, interprétés en duo guitare-voix, laissant toute la place à une émotion à nu, presque fragile. Rien n’est démonstratif, tout est maîtrisé, mais jamais figé.

L’arrivée sur scène de Abo Gabi marque un temps fort de cette soirée pour un duo qui n’est pas sans rappeler une complicité déjà visible l’an dernier à La Cigale, et qui prend aujourd’hui une résonance encore plus forte. Ensemble, ils livrent une performance intense, portée par une même urgence. Le message est clair, assumé, sans détour : un soutien affirmé à la Palestine, et plus largement à tous les peuples opprimés encore aujourd’hui.

Le rappel, accueilli par une salle debout et chaleureuse, scelle une véritable communion entre l’artiste et son public, comme une respiration partagée après un long voyage.

Ce concert au Théâtre du Châtelet confirme ce que l’on pressent depuis plusieurs années : Dafné Kritharas est devenue une voix essentielle de la scène musicale actuelle, capable de conjuguer intensité musicale, profondeur émotionnelle et engagement sincère. Elle chante pour relier les langues, les mémoires, les luttes, et rappelle que la musique peut encore être un espace de résistance douce et de partage profond.

Merci à Horizon Musique pour l’accréditation, et à son équipe pour cet excellent accueil. Merci également au Théâtre du Châtelet. Un merci personnel à Dafné Kritharas.

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