Epo Hymne 

Alors que la tradition veut qu’un groupe baptise son premier album de son propre nom, Alter Bridge aura pris un malin plaisir à déjouer les attentes. Il aura en effet fallu attendre le huitième opus pour que le quatuor américain se plie à l’exercice de l’album éponyme. Sorti le 9 janvier sur l’ensemble des plateformes, ainsi qu’en formats vinyle et CD, Alter Bridge s’inscrit dans la continuité d’une discographie solide. Fidèle à son ADN, le groupe y déploie une nouvelle démonstration de Rock US massif, confirmant une fois encore son statut de valeur sûre du genre.

Après sept albums évoluant dans un registre parfois perçu comme redondant au sein du Rock Mélodique, un certain essoufflement aurait pu sembler inévitable. D’autant que certains disques, à l’image de Walk The Sky ou, dans une moindre mesure, Fortress, ont laissé une empreinte plus discrète que d’autres. Pourtant, Alter Bridge a toujours su éviter l’enlisement, en trouvant les ressources nécessaires pour renouveler son propos et distinguer ses compositions de la masse. La mécanique implacable des riffs et les solos immédiatement identifiables de Mark Tremonti, conjugués à la puissance vocale et au timbre singulier de Miles Kennedy, font du groupe l’une des locomotives du Post-Grunge moderne. Mais la véritable force d’Alter Bridge réside ailleurs : dans sa capacité à aligner des refrains fédérateurs, tout en échappant à l’auto-caricature, et en préservant une continuité rassurante pour son public fidèle. 

Cassons d’entrée de jeu le suspens, cet album est une petite bombe qui accroche dès la première écoute. Si l’ouverture peut surprendre par un riff Heavy aux accents « old school » presque trop classiques, le quatuor dissipe rapidement les doutes. Mais c’est sans compter sur la qualité des arrangements et de la mélodie vocale qui viennent tout de suite remettre le morceau au niveau du reste de l’album. Cette entrée en matière semble faite pour installer l’auditeur dans quelque chose de connu et l’inviter à entrer en confiance dans l’univers sonore du quatuor. 

Depuis l’album III, la formation semble avoir durci le ton. Ce huitième effort confirme cette évolution, s’affirmant comme l’un des plus sombres de leur discographie. Plusieurs titres viennent appuyer ce constat : 

  • Rue The Day : Distingue par un chant explorant des registres graves.
  • Power Down : Porte bien son nom avec un riff d’une agressivité redoutable.
  • Trust In Me : Se démarque par sa lourdeur rythmique.

Alter Bridge semble vouloir explorer une approche différente en utilisant les couplets pour introduire des mélodies moins évidentes, plus recherchées. L’exemple le plus frappant est sans doute Disregarded, où le groupe flirte avec les sonorités oppressantes du Néo Metal — rappelant la noirceur d’un Korn — avant de basculer sur un refrain mélodique dont ils ont le secret. Ce jeu de contraste entre « chaud et froid » devient la signature de l’album. Nous noterons qu’aucune ballade ne figure sur la première moitié de l’album. 

Hang By A Thread va donc faire office de première vraie balade de l’album. Pour ce titre on est dans la plus pure tradition irlandaise, presque une marque de fabrique d’Alter Bridge avec des sonorités vraiment propre à Mark Tremonti. Avec Scales Are Falling, on démarre la partie de l’album qui prend le plus de risque avec des titres qui sortent le groupe de leur zone de confort. On reconnaît presque l’ombre de Led Zeppelin derrière ce titre aux sonorités quasiment mystiques. Ce titre à lui seul justifie l’écoute de cet album, il démontre qu’Alter Bridge est capable de se renouveler en permanence là où beaucoup se contentent d’appliquer les recettes. C’est un exercice difficile d’apporter du neuf en conservant son identité. Avec Playing Aces on repasse la sixième, ce titre ressemble un peu avec ce que propose Mark Tremonti en solo, du gros Heavy nerveux.

La fin de l’album prend encore plus de risque et il faut reconnaître que What Are You Waiting For nous a un peu perdu. Pas de refrain accrocheur sur ce titre, ce qui le rend intéressant dans la tracklist, mais ne coche pas toutes les cases. Peut-être le titre le plus Grunge jamais composé par les Américains. Enfin Salve to Master avec ses 9 minutes propose un titre nettement plus ambitieux et moins calibré. Comme le veut la tradition le groupe s’autorise une sortie de route contrôlée sur la dernière track. Ce titre représente une forme d’apothéose qui monte en puissance jusqu’aux solos tout en soufflant un vent de mélancolie. Ce morceau possède un mojo incroyable avec ces solos en ad lib. Quelle belle façon de finir cet album avec un master peace !

Il est difficile d’ignorer que pour le visuel le groupe ne s’est pas beaucoup creusé la tête. D’un autre côté à l’époque du dématérialisé, il n’est pas étonnant qu’un groupe s’inscrive dans le minimalisme que ça entraîne. En revanche pour le son c’est une tout autre histoire. Alter Bridge plie le game en termes de lourdeur et de précision sur cet album. Le son a toujours été un atout du groupe, mais ce dernier repousse une fois de plus les limites avec cette production énorme. C’est gras, précis, propre et chaud, une agressivité guitaristique lovée dans la basse, une batterie très contenue, bien dans le mix et au même titre que la voix plus sous-mixée que d’habitude. 

Pour démarrer l’année 2026, Alter Bridge place la barre tellement haut qu’on est en droit de s’interroger sur la concurrence à venir. En tout cas on est impatient de découvrir ces titres en live. Rendez-vous le 6 février prochain à la Halle Tony Garnier à Lyon et au Zenith de Paris le 18 pour venir vérifier ça. 


Tracklisting : 
 

  1. Silent Divide – 5:06 
  2. Rue The Day – 4:46  
  3. Power Down – 4:08  
  4. Trust In Me – 4:48  
  5. Disregarded – 3:55  
  6. Tested And Able – 4:36  
  7. What Lies Within – 5:07  
  8. Hang By A Thread – 4:11  
  9. Scales Are Falling – 5:54  
  10. Playing Aces – 4:05  
  11. What Are You Waiting For – 5:00  
  12. Slave To Master – 9:03  

Durée totale de l’album : (soit 60:39) 

Titre incontournable : Disregarded
Titre dont on aurait pu se passer What Are You Waiting For (mais c’est pour en mettre un)
Titre ovni Scales Are Falling 

20/20

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